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La solitude du coureur

   Le titre, volontairement, n'est pas sans évoquer La Solitude du coureur de fond, la nouvelle d'Alan Sillitoe, adaptée au cinéma par Tony Richardson en 1962. Le poème ci-dessous n'est-il pas une invitation à voir le sport autrement, de l'intérieur ? Loin des podiums, des images médiatiques, c'est aussi, délibérément, une réécriture inattendue d'un célèbre poème de Victor Hugo...

 

                       Parthenay

 

Je regarde la ville, si calme, si paisible,

La nuit de son ombre orangeâtre l'a repeinte.

Demain ne souffrira pas cette cité sainte,

Non, mais elle rira de mon épreuve pénible.

 

Mon cœur se serre, et comme s'il était fuyant,

S'échappe au bout de mes doigts, fuse dans mon corps,

Jusqu'à la pointe de mes cheveux, il bat fort.

Mes jambes, pensant à l'aube, tremblent, s'effrayant.

 

Vais-je réussir ? J'ai peur. Si simple pourtant !

Tenir la distance, subir la douleur, courant.

C'est terrifiant. Répondre aux demandes, aux attentes :

Briller, exceller, sont les ordres. Chose étonnante ?

 

Car demain, dès l'aube, dans la ville sous mes yeux,

Ce n'est vers nulle autre tombe que la mienne

Que je courrai, poursuivie par ma peine,

Souffrance de milliers de secondes, tout au mieux.

 

Il y aura eux, aboyant «Plus vite ! T'es lente ! »

Puis eux pensant « Elle vaut rien, la débutante ! »

Et derrrière leurs masques, à elles, leurs regards

Qui me crient «Je vais te bouffer moi, tu vas voir ! »

 

Les voitures, les routes, les gouttières ci-dessus

Ont une chance que j'échangerais contre tout.

Demain, elles, elles n'auront pas à se lever,

Demain, elles, resteront couchées, ininquiétées.

 

Puis, parcourant les belles étoiles, je me dis :

« Les lumières se lèvent chaque nuit,

Leur devoir est : scintiller. Je veux faire ainsi,

Toute quiète : Je brillerai demain, moi aussi ! »

14 avril 2013

 

                                                                            C.L, Première S

 

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    Je ne peux m'empêcher de penser, relisant la cinquième strophe, aux derniers chapitres de W, ou le Souvenir d'Enfance, le livre bouleversant de George Perec paru en 1975, qui alterne fiction et autobiographie. Derrière la séduction des apparences, la découverte progressive de la terrifiante réalité, mais ...comme L'Espérance est violente !

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